La vision biblique pour Israël


Israël vision
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Ce n’est que durant la période de réveil après la Réforme qu’un changement de mentalité a commencé à s’opérer lentement parmi les chrétiens évangéliques. Depuis lors, il y a toujours eu, au sein de l’Église évangélique, des théologiens qui ont vu la ligne de l’histoire du salut pour Israël et se sont opposés à l’antisémitis-me. Parmi eux figurent notamment Sir Henry Finch (1558-1625), Johann Albrecht Bengel (1687-1752), Jung Stilling (1740-1817), Anthony Ashley-Cooper, 7e comte de Shaftesbury (1801-1885), Franz Delitzsch (1813-1890), J. C. Ryle (1816-1900), C. H. Spurgeon (1834-1892) et le professeur Ernst F. Ströter (1846-1922).


Dans le piétisme en particulier, on trouve dans le passé récent jusqu’à l’époque actuelle plusieurs théologiens qui ont défendu la vision biblique du salut d’Israël dans la théologie et l’Église évangéliques. Nous ne citerons ici que quelques noms à titre d’exemple: Walter Tlach, Fritz Grünzweig, Gerhard Maier, David Jaffin, Heiko Krimmer ou Lienhard Pflaum.


Même au sein de l’Église catholique romaine, dont l’histoire est marquée par la théologie du déshéritement associée à l’antisémitisme, certaines voix se sont élevées en faveur des Juifs. Le mystique Bernard de Clairvaux, par exemple, a dénoncé les atrocités «chrétiennes» commises contre les Juifs.


Le célèbre piétiste et ophtalmologue Jung Stilling (1740-1817), qui a permis à quel-que 3'000 personnes d’échapper à la cécité en les opérant, est l’un des plus célèbres chirurgiens ophtalmologues allemands. Bien avant la création de l’État

d’Israël, Jung Stilling témoignait sur la base de sa foi en la Bible:


«Partout, les véritables chrétiens avaient le regard tourné vers la grande aiguille de l’horloge, vers le pinacle du temple ; et ceux qui avaient les yeux fatigués demandaient à ceux qui voyaient plus clair quelle heure il était. Je sais en partie ce qu’on écrit sur les Juifs. Mais leur retour vers leur patrie ouvrira les yeux de beaucoup. Cela légitimera à nouveau la Bible aux yeux de tous et nous saurons alors à quoi nous en tenir».


Dans la préface de son livre Coming Events and Present Duties – Being Miscellaneous Sermons on Prophetical Subjects, J. C. Ryle écrivait en 1867: « Je crois que les Juifs seront finalement rassemblés en tant que nation à part entière et restaurés sur leur propre terre. Et ils seront convertis à la foi en Christ après avoir connu une grande détresse (Jé. 30:10-11; 31:10; Ro. 11:25-26; Da. 12:1 ; Za. 13:8-9)».


En 1855, Charles Spurgeon disait lors d’une prédication dominicale: «Je crois que nous ne prenons pas assez au sérieux la restauration des Juifs. Pourtant, s’il y a une chose qui a été promise dans la Bible, c’est bien celle-là. Il me semble qu’on ne peut pas lire la Bible sans voir clairement qu’il y aura un rétablissement très concret des enfants d’Israël. (...) Que ce jour se lève bientôt!».


Et en 1864, lors d’une étude sur le thème « La restauration et la conversion des Juifs», il expliquait au sujet du chapitre 37 du livre d’Ézéchiel : « Notre texte signifie de toute évidence ceci : premièrement, les Juifs seront restaurés sur le plan politique. Cela implique qu’ils auront à nouveau leur propre pays et leur propre nationalité. Deuxièmement, il y aura une restauration spirituelle, voire une conversion des tribus d’Israël.


Leur succès en tant que nation les rendra célèbres. Oui, ils brilleront avec un tel éclat, le trône de David sera si somptueux que l’Égypte, Tyr, la Grèce et Rome seront éclipsées. Si les mots signifient quelque chose, alors ce doit être le sens de ce chapitre. Je ne veux en aucun cas mal interpréter le véritable sens des propres paroles de Dieu. C’est écrit clairement et simplement. C’est pourquoi ce passage doit vouloir dire ceci (il ne faut pas en spiritualiser le sens): les deux royaumes et les dix tribus d’Israël seront rétablis dans leur pays et un roi les gouvernera».


La dernière controverse théologique majeure à laquelle Spurgeon dut faire face fut la «controverse sur le déclassement». En 1891, il publia, avec d’autres personnes, une profession de foi. Il y écrivait notamment: «Nous espérons le retour glorieux de Jésus avant l’avènement du règne de mille ans».


Le fait de croire au retour de Jésus et au règne de mille ans qui suivra est indissocia-blement lié au fait de croire à l’avenir du peuple d’Israël. La reconnaissance de l’impor-tance d’Israël par Charles Spurgeon est d’autant plus remarquable qu’il était un théologien réformé. Ce courant théologique, dans lequel il y a aussi de bonnes choses, n’a aucune vision de l’avenir du peuple élu de Dieu. Il va de soi que Spurgeon en est venu à avoir, sur la question d’Israël, un point de vue différent de celui de la théologie réformée de son époque parce qu’il comprenait la Bible et considérait les Saintes Écritures comme la Parole de Dieu infaillible qu’il convient d’interpréter de façon littérale.


Pendant le Troisième Reich, il y eut également plusieurs théologiens et chrétiens qui s’opposèrent clairement à l’antisémitisme du fait de leurs convictions bibliques sur la question juive. Par exemple, en décembre 1943, l’évêque Wurm, de Stuttgart, écrivit au gouvernement du Reich :

«Notre peuple a souvent le sentiment que les souffrances qu’il doit endurer à cause des raids aériens ennemis sont une rétribution pour ce qui a été fait aux Juifs. Les maisons et les églises en feu, le fracas des nuits de bombardement, la fuite des maisons détruites sans presque rien emporter et le désarroi face à la difficulté de trouver un refuge rappellent à la population de la manière la plus douloureuse ce que les Juifs ont dû endurer à de précédentes occasions».


Citant les propos de l’évêque Wurm, David Jaffin pose la question suivante pendant la Seconde Guerre mondiale : «Pourquoi ce feu descend-il du ciel ? C’est une punition pour ce que nous faisons aux Juifs».


Des hommes comme Jung Stilling, J. C. Ryle ou C. H. Spurgeon devaient croire à un retour des Juifs dans leur patrie sans le voir. Aujourd’hui, la fondation de l’État d’Israël appartient déjà au passé ; elle est devenue réalité. La conversion du peuple n’a pas encore eu lieu.


Le retour du peuple juif dans sa patrie millénaire est un signe visible que Dieu envoie aux nations pour montrer qu’Il n’ignore pas Son peuple: «Il élèvera une bannière pour les nations, Il rassemblera les exilés d’Israël, et Il recueillera les dispersés de Juda, des quatre extrémités de la terre.» (Es. 11, 12).


Les peuples doivent reconnaître l’intervention d’un Dieu vivant à travers le retour des Juifs dans leur patrie. Mais quelle est l’attitude des chrétiens aujourd’hui face à une telle preuve de la vérité biblique? Si Stilling, Spurgeon et d’autres voyaient notre époque, ne seraient-ils pas consternés par la tiédeur d’une grande partie des chrétiens vis-à-vis d’Israël, de l’accomplissement de la prophétie biblique et de l’attente du retour imminent de Jésus?


Jung Stilling a écrit: «...et nous saurons alors à quoi nous en tenir». On a surtout l’impression que, justement, nous ne savons pas, sinon nous ne serions pas aussi hésitants vis-à-vis d’Israël et aussi tièdes en ce qui concerne le retour de Jésus. On tolère toutes les religions, on sympathise avec les ennemis déclarés d’Israël, on accepte des compromis sur la terre et le peuple juifs, on libéralise la Parole infaillible de Dieu et on place des constructions théologiques, des idées humanistes et sa propre raison au-dessus de la Parole de Dieu, sans même réaliser qu’on ne fait que se déshériter soi-même.


L’orgueil de la chrétienté se manifeste, par exemple, à travers l’indifférence à l’égard de l’État d’Israël ou de l’intervention de Dieu en faveur de ce peuple. On devient aveugle aux miracles que Dieu accomplit pour Israël. On entend alors toutes sortes de choses: «Israël, un peuple comme les autres», «l’État d’Israël, une création des francs-maçons», «Israël doit être prêt à restituer des territoires». À cela s’ajoute l’effet d’accoutumance: nous risquons de nous habituer de la mauvaise manière aux événements qui se dérou-lent en Israël et de minimiser le miracle de la formation de l’État. On a longtemps pré-tendu que l’Église avait remplacé Israël. Inévitablement, une grande partie de l’Ancien Testament devait donc être réinterprétée. Ainsi, on a prêché sur les autels, enseigné au catéchisme et dans les cours bibliques, et écrit dans des ouvrages:

«Quand vous lisez quelque chose sur Israël, il s’agit en fait de l’Église. Les promesses concernant le retour d’Israël dans sa patrie sont symboliques ou imagées; elles ne doivent jamais être comprises de façon littérale.Israël n’a aucune promesse concernant sa propre terre.»


Pourtant, en 1948, le Seigneur s’est chargé Lui-même de nous dispenser l’enseigne-ment et nous a fait comprendre en un seul jour que les promesses concernant le retour du peuple juif dans sa patrie et la création de l’État d’Israël qui y était liée ne doivent pas être comprises de manière symbolique, mais littérale. Ainsi, la théologie du remplace-ment a étéréfutée sous les yeux de tous.


Les thèses et les enseignements des hommes passent, mais en ce quiconcerne la Parole de Dieu, nous brandissonsce verset : « Le ciel et la terre passeront, mais mes paroles ne passeront point.» (Mt. 24:35). ∎


Extrait de : Ersatztheologie: Ist Israels Zukunft Vergangenheit? (Théologie du remplacement: l’avenir d’Israël appartient-il au passé?) uniquement en allemand. Publié dans l'Appel de Minuit de février 2022.



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